Le bouddhisme nous parle constamment d’illusion,…

nous dit que la vie est comme un rêve, que nos pensées et nos émotions sont des projections de l’esprit.

En même temps, il invite à voir les choses telles qu’elles sont,…

à comprendre le mode d’apparition des phénomènes, à comprendre le karma et le principe de production conditionnée (un phénomène apparaît en dépendance de plusieurs causes et conditions).

 

 


Tout ce dont nous faisons l’expérience ne serait donc pas une réalité intangible, une vérité partageable par tous, mais un mélange de phénomènes conditionnés et de perceptions limitées à partir desquelles nous nous en faisons une représentation.


Nous interprétons tout sur la base de nos filtres émotionnels, mentaux, perceptifs et karmiques.

Le bouddhisme met l’accent sur l’écart entre ce que nous percevons, ce que nous en pensons et ce qui est réellement.

Nous pensons agir, avoir la main sur nos décisions, nos choix, nos réflexions, mais en fait, le bouddhisme nous invite à chaque instant à observer ce qui conditionne nos pensées, quelles sont les intentions sous-jacentes, quels sont les écarts entre nos représentations et ce qui est réellement.

Si nous transcrivons cela à notre chemin spirituel et philosophique, le bouddhisme remet en question tout ce qui nous compose, de l’idée de soi, du monde jusqu’à nos moindres pensées, sensations, émotions.

 

Dans ce contexte, la philosophie bouddhiste nous donne un enseignement très fort pour

distinguer la vérité absolue, ultime, de la vérité relative, temporaire, conditionnée.

En tibétain, ces deux vérités sont véhiculées par Yeshé et Shérab.

 


Yeshé est la sagesse primordiale.

Autrement dit la vérité absolue, ultime

Rien ne peut l’altérer ni la dénaturer.

C’est la connaissance la plus profonde, celle de la nature des phénomènes : la vacuité.

La vacuité n’est pas un vide au sens de néant ou d’absence de phénomènes.

Parce que les phénomènes sont vides d’existence propre, autonome et immuable, ils peuvent apparaître en dépendance de causes et de conditions, se transformer et disparaître.

Cette nature vide concerne tous les phénomènes, de la cosmologie à nos moindres réactions. Dire qu’ils sont « vides » ne signifie donc pas qu’ils n’existent pas, mais qu’aucun n’existe par lui-même, indépendamment de causes et de conditions.

La réalisation de la vacuité libère progressivement de la saisie et des perturbations qui en découlent.

Sa réalisation ultime est au cœur de la libération enseignée par le bouddhisme.

 


Shérab est la sagesse transcendante.

Autrement dit la vérité relative.

La vérité relative nous amène à comprendre la vérité ultime.

Elle porte, non pas sur la nature des phénomènes, mais sur leur mode d’apparition et sur la manière dont tout cela se manifeste.

Sont inclus ici le karma, l’impermanence, l’interdépendance entre autre et tous les phénomènes.

Cette vérité est dite « transitoire ». Elle est enseignée pour entraîner l’esprit à aller au-delà des apparences.

L’esprit a besoin de comprendre les phénomènes et leur mode d’apparition pour les lâcher.

Sans cette compréhension de la vérité relative, l’esprit s’accroche aux apparences comme à des bouées de sauvetage.

Dans un monde sans repère, notre esprit est condamné à errer au gré de ses perturbations.

C’est par l’acquisition de connaissances et la compréhension des différents aspects de la vérité relative que notre esprit trouve des repères et s’apaise.

Il peut alors tenter de nouvelles expériences, s’aventurer au-delà de ses représentations habituelles et progressivement lâcher ce à quoi il s’accrochait comme à une réalité intangible.

 


D’un point de vue plus concret, Shérab contient toutes les connaissances permettant de transcender les souffrances et de reconnaître Yeshé.

Ces connaissances sont aussi dites relatives, car elles concernent un domaine particulier et seront inopérantes sur les autres domaines ou plans de connaissances plus subtils.

Une vérité relative n’est donc pas nécessairement fausse. Elle est vraie dans un certain cadre de compréhension.

Pour faire simple, c’est comme les mathématiques à l’école : ce qu’on apprend d’abord est vrai dans un certain cadre, puis devient insuffisant lorsqu’on accède à un niveau de compréhension plus vaste.

Une vérité relative doit être lâchée ou, tout du moins, comprise comme relative à un niveau donné pour accéder à une connaissance plus subtile.

 


La philosophie bouddhiste reflète le fonctionnement du monde.

Comment les choses apparaissent et disparaissent.

Comment les compréhensions se construisent, s’affinent et parfois se sclérosent.

En observant dans le monde, chez les autres et en nous-mêmes comment ces enseignements prennent vie et reflètent notre fonctionnement…

Les mots deviennent vécus.

Les sagesses deviennent expériences.

Les vérités deviennent illusions.

Trinley Drolma 

 


=> Envie d’entrer dans l’expérience intérieure en explorant librement ?

Lire et suivre le mouvement de l’article « Entre « fake » et vrai, que reste-t-il  ? » sur le site Harmoniecroissance.com


=> Envie d’approfondir et mieux comprendre avec une exploration guidée sur un thème tiré de cet article ?

Lire l’article « Pouvons-nous vivre en dehors des illusions ? » sur le blog Christelle-hauteville-chadorla.fr


 

(1) Lire sur ce blog Qu’est-ce que le bouddhisme ?
(2) Vérité : Adéquation entre la réalité et l’homme qui la pense. Idée, proposition qui emporte l’assentiment général ou s’accorde avec le sentiment que quelqu’un a de la réalité. Définition Larousse.