Quand les mots se chevauchent… l’esprit écoute autrement
Quand les mots se chevauchent… l’esprit écoute autrement
La première fois que l’on rencontre Khenpo Trinley Gyaltsen, une chose surprend souvent.
Son français n’est pas tout à fait celui que nous avons l’habitude d’entendre.
Il a appris notre langue à l’âge de quarante-cinq ans, après son arrivée en France. Quinze années plus tard, il possède un vocabulaire philosophique et bouddhique conséquent, mais il lui arrive encore d’inverser les mots, de chercher une conjugaison ou de construire ses phrases selon la logique du tibétain.
Les premières minutes demandent parfois un peu d’attention.
Puis quelque chose se passe.
Nous cessons d’écouter automatiquement.
Nous commençons vraiment à écouter.
Pendant longtemps, j’ai essayé de remettre de l’ordre dans ses phrases.
Je reformulais.
Je corrigeais.
Je voulais rendre son français plus fluide.
Puis j’ai observé les personnes qui l’écoutaient.
J’ai compris que cette façon de parler produisait un effet inattendu.
Comme il faut suivre chaque mot, l’attention devient plus présente.
On ne peut plus écouter distraitement.
Il faut rester là.
Et cette qualité d’écoute est peut-être déjà une forme de méditation.
Pour ma part, j’ai compris qu’il n’y avait rien à réparer.
Je voulais corriger une imperfection.
La vie m’a montré que cette imperfection participait de la qualité de son enseignement.
Certaines personnes ont besoin que chaque phrase respecte exactement les codes habituels de notre langue. Elles ne s’y retrouvent pas toujours et choisissent de ne pas poursuivre.
D’autres découvrent qu’après quelques minutes, ce qui semblait être un obstacle disparaît complètement. Elles n’entendent plus un français imparfait. Elles entendent simplement un enseignement.
C’est ainsi depuis quinze ans. Les uns repartent après une première rencontre. Les autres restent parfois des années. Les choses sont telles qu’elles sont.
Trinley Drolma
